Mon enfant n’arrive pas à retenir ses tables de multiplication : que faire ?
Il les récite parfaitement le soir, et le lendemain matin, 7 × 8 a disparu. Il s’énerve, vous aussi, et la séance de tables devient un moment redouté. Si cette scène vous est familière, rassurez-vous : c’est l’une des difficultés les plus fréquentes du CE2, et elle a presque toujours une explication. Voici les causes les plus courantes et une méthode de mémorisation qui a fait ses preuves.
L’essentiel en 30 secondes
- Oublier ses tables d’un jour à l’autre est très fréquent au CE2 et rarement un signe de difficulté grave.
- La cause la plus courante : les tables sont récitées en comptine au lieu d’être retrouvées une par une, dans le désordre.
- Ce qui marche : se tester plutôt que relire, et réviser à intervalles croissants (le lendemain, 3 jours après, une semaine après).
- La méthode des boîtes à cartes applique ces deux principes en 10 minutes par jour.
- Si les difficultés persistent malgré un travail régulier, parlez-en à l’enseignant : lui seul peut comparer avec la classe.
D’abord, est-ce normal ?
Oui, dans la grande majorité des cas. Les tables de multiplication représentent beaucoup d’informations qui se ressemblent : 54, 56, 63, 64, 72… Les confusions sont inévitables au début. Au CE2, le programme demande de les connaître toutes, dans les deux sens, avec un repère de fin d’année de 12 égalités complétées en 1 minute. C’est un objectif de fin d’année : en octobre ou en janvier, il est normal que tout ne soit pas en place.
Ce qui doit vous alerter, ce n’est pas l’oubli en soi, mais un oubli qui persiste malgré plusieurs semaines de travail régulier et bien organisé. Et souvent, c’est justement l’organisation du travail qui pose problème.
Les 5 causes les plus fréquentes
1. Il récite au lieu de retrouver
C’est la cause numéro un. Un enfant qui a appris « 7, 14, 21, 28, 35, 42… » sait dérouler la comptine, mais quand on lui demande 7 × 6 isolé, il doit repartir du début. Le soir, juste après la révision, la comptine est fraîche ; le lendemain, elle ne suffit plus. Or en classe et dans le défi de vitesse, les calculs arrivent dans le désordre.
2. Il relit au lieu de se tester
Relire une table donne une impression de maîtrise : tout paraît familier. Mais la mémoire se renforce surtout quand on fait l’effort d’aller chercher une réponse. Les chercheurs en sciences cognitives parlent d’« effet de test » : se poser la question est plus efficace que relire la réponse.
3. Tout est révisé d’un coup, puis plus rien
Une heure de tables le dimanche, puis rien de la semaine : c’est le schéma le moins efficace. La mémoire retient mieux ce qui est revu à intervalles espacés, de plus en plus longs. Dix minutes par jour valent bien mieux qu’une longue séance.
4. Il n’a pas compris ce que veut dire « fois »
Pour certains enfants, 6 × 4 est une suite de symboles sans image. Sans le sens (6 paquets de 4, ou un rectangle de 6 rangées de 4), impossible de reconstruire un résultat oublié, et chaque résultat devient un fait isolé, plus fragile.
5. Le stress bloque la mémoire
Un enfant qui associe les tables à des disputes, à des notes ou à la comparaison avec un frère ou une sœur peut se bloquer. Le stress perturbe la récupération en mémoire : il « sait », mais rien ne sort. Si c’est le cas, la priorité est de dédramatiser, quitte à faire une courte pause. Notre article sur l’enfant qui n’aime pas les maths peut vous aider.
Commencer par alléger la tâche
Avant de mémoriser, montrez à votre enfant qu’il y a bien moins à apprendre qu’il ne le pense. Grâce à la commutativité (6 × 4 = 4 × 6), la grille de 100 résultats se réduit beaucoup. Les tables de 1, 2, 5 et 10 sont généralement acquises ; les tables de 3 et 4 aussi au CE2. Il reste alors environ 10 résultats vraiment nouveaux, ceux des tables de 6, 7, 8 et 9. Nous les détaillons, avec une astuce pour chacun, dans notre article sur les tables de 6, 7, 8 et 9.
La méthode des boîtes à cartes
Cette méthode, inspirée du système du journaliste scientifique allemand Sebastian Leitner, applique les deux principes qui font vraiment mémoriser : se tester et réviser à intervalles croissants. Il faut des petites cartes et trois boîtes (ou trois enveloppes).
- Fabriquez les cartes. Sur le recto, le calcul (7 × 8). Sur le verso, le résultat (56). Commencez avec les 10 à 15 résultats qui posent problème, pas avec toute la table.
- Tout commence dans la boîte 1. Votre enfant lit le calcul, dit le résultat, retourne la carte pour vérifier.
- Réussi rapidement ? La carte avance. Une bonne réponse en moins de 3 secondes fait passer la carte dans la boîte suivante. Une erreur ou une hésitation la renvoie dans la boîte 1.
- Chaque boîte a son rythme. Boîte 1 : tous les jours. Boîte 2 : tous les 3 jours. Boîte 3 : une fois par semaine.
- Une carte sort quand elle est sue. Réussie en boîte 3 deux semaines de suite, elle est acquise. On ajoute alors de nouvelles cartes en boîte 1.
L’intérêt de ce système : l’enfant passe son temps sur ce qu’il ne sait pas, pas sur ce qu’il sait déjà. Et il voit sa boîte 3 se remplir, ce qui est très motivant. Faites aussi des cartes « à l’envers » (7 × … = 56, ou 56 ÷ 7) dès que le sens direct est solide : le programme demande les deux sens.
D’autres leviers qui aident
- Le sens d’abord. Construisez 6 × 4 avec des Lego, des pâtes ou en dessinant un rectangle de points. Un résultat compris se reconstruit quand il est oublié.
- Les appuis. Le double (8 × 6 = double de 4 × 6), le « × 10 moins une fois » (9 × 7 = 70 − 7), le « × 5 plus une fois » (6 × 7 = 35 + 7) permettent de retrouver un résultat sans tout réciter.
- Les jeux. Bataille, loto, bingo, dés : le jeu multiplie les occasions de récupérer un résultat sans que l’enfant ait l’impression de travailler. Voir nos jeux pour apprendre les tables.
- Le sommeil. Une courte révision le soir, avant de dormir, puis un rappel rapide le matin au petit-déjeuner : deux minutes suffisent.
- L’oral en mouvement. Dans la voiture, en marchant, en mettant la table : « 8 fois 6 ? ». Le fait de ne pas être assis à un bureau détend beaucoup d’enfants.
Un plan de 3 semaines
| Semaine | Objectif | Au quotidien (10 min) |
|---|---|---|
| 1 | Faire le point et alléger | Grille coloriée, 10 à 15 cartes « difficiles » en boîte 1, un appui par résultat |
| 2 | Faire tourner les boîtes | Boîte 1 chaque jour, boîte 2 tous les 3 jours, un jeu de 5 minutes en fin de séance |
| 3 | Les deux sens | Cartes à l’envers (7 × … = 56), premier petit défi chronométré sur les cartes de la boîte 3 |
Au bout de trois semaines de travail régulier, la plupart des enfants ont nettement progressé. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas l’heure de doubler les séances, mais de prendre du recul.
Quand faut-il s’inquiéter ?
Parlez-en à l’enseignant si, malgré plusieurs semaines de travail régulier et bien conduit, votre enfant ne retient presque aucun résultat, s’il compte encore sur ses doigts pour des additions simples comme 6 + 7, ou s’il a du mal à comparer deux nombres. L’enseignant peut comparer avec le reste de la classe et, si besoin, orienter vers un bilan auprès d’un professionnel. Seul un professionnel peut poser un diagnostic, comme celui d’une dyscalculie. Pour les difficultés de rapidité plus générales, lisez aussi notre article sur l’enfant lent en calcul.
Notre fiche gratuite contient tout le matériel de la méthode : les cartes à découper pour les tables de 6 à 9 (dans les deux sens), les étiquettes des trois boîtes, le calendrier de révision et une grille de suivi.

Les boîtes à tables : le kit de mémorisation
Les cartes à découper des tables de 6, 7, 8 et 9 dans les deux sens, les étiquettes des trois boîtes, le calendrier de révision sur 3 semaines et une grille de suivi.
Télécharger la fiche (PDF, 3 pages, 0,4 Mo)


