Apprendre les tables de multiplication en chantant : est-ce que ça marche vraiment ?
Votre enfant chante sa table de 7 dans la voiture, et vous vous dites que c’est gagné. Puis, au moment des devoirs, il bloque sur 7 × 6. Les chansons pour apprendre les tables de multiplication ont beaucoup de succès, et elles ont de vraies qualités. Mais elles ont aussi une limite importante, que peu de parents connaissent. Voici ce que la chanson apporte vraiment, ce qu’elle n’apporte pas, et comment l’utiliser intelligemment.
L’essentiel en 30 secondes
- La chanson est un excellent point de départ : elle rend les tables familières, joyeuses, et aide à retenir la suite d’une table.
- Sa limite : elle apprend une comptine dans l’ordre. Pour trouver 7 × 6, l’enfant doit dérouler la chanson depuis le début.
- Or l’école demande des résultats isolés et dans le désordre, dans les deux sens.
- La bonne méthode : chanter pour découvrir, puis s’entraîner dans le désordre jusqu’à ce que la chanson ne soit plus nécessaire.
- Pour les résultats difficiles, de petites phrases courtes (« 5, 6, 7, 8 : 56 = 7 × 8 ») marchent mieux qu’une chanson entière.
Pourquoi les chansons ont tant de succès
Chanter, c’est agréable, et c’est déjà beaucoup. Pour un enfant qui associe les tables à l’ennui ou à l’échec, une chanson change l’ambiance : les tables deviennent un jeu, se partagent en famille, se répètent sans effort sous la douche ou en voiture. La mélodie et le rythme aident aussi à mémoriser une suite de mots : c’est le principe des comptines, que l’on retient parfois toute une vie.
Les chansons de tables ont donc de vraies qualités :
- elles dédramatisent les tables ;
- elles permettent de répéter souvent, sans lassitude ;
- elles rendent la suite des résultats familière (7, 14, 21, 28…) ;
- elles s’utilisent partout, sans fiche ni écran.
La limite qu’on oublie : la comptine dans l’ordre
Une chanson apprend une suite. « 7 fois 1, 7 ; 7 fois 2, 14 ; 7 fois 3, 21… ». Quand on demande à l’enfant 7 × 6, il ne « voit » pas directement 42 : il rechante dans sa tête depuis le début, en comptant les couplets. C’est exactement ce que font les enfants qui récitent leurs tables au lieu de les connaître, et c’est lent.
Or ce que demande l’école, ce sont des résultats isolés, posés dans le désordre, et dans les deux sens : 7 × 6 = …, mais aussi 7 × … = 42. Les repères du programme de 2024 parlent d’environ 8 égalités des tables complétées en 1 minute en fin de CE1, 12 en fin de CE2. À ce rythme, impossible de rechanter la table pour chaque calcul.
Comment bien utiliser les chansons
La chanson n’est donc ni magique ni inutile : c’est une première étape. Voici comment l’intégrer dans une vraie méthode.
- Comprendre avant de chanter. Avant d’apprendre la chanson de la table de 4, construisez 3 × 4 avec des Lego ou des pâtes : 3 paquets de 4. Votre enfant chante alors quelque chose qu’il comprend, et pas seulement des sons.
- Chanter pour découvrir. Pendant quelques jours, la chanson rend la table familière. C’est le bon moment pour l’utiliser, en voiture ou au bain.
- Couper la chanson. Chantez la table, mais arrêtez-vous au milieu : « 7 fois 6 ? ». Puis sautez des couplets, dans le désordre. La chanson devient un exercice de recherche.
- Se passer de la chanson. Quand votre enfant répond à 7 × 6 sans chantonner, la table est en route. Place aux exercices dans le désordre, aux cartes et aux jeux.
Mieux qu’une chanson : les petites phrases
Pour les résultats qui résistent, une chanson entière est souvent trop longue. Une petite phrase, une image ou une rime fonctionne mieux, parce qu’elle s’attache à un seul calcul. Voici les plus utiles :
| Le calcul | La petite phrase ou l’appui |
|---|---|
| 7 × 8 = 56 | « 5, 6, 7, 8 » : 56 = 7 × 8 |
| 6 × 8 = 48 | « Six-huit, quarante-huit » : ça finit par « huit » |
| 7 × 7 = 49 | Juste avant 50 |
| 6 × 6 = 36 | Le carré de 6 : « six-six, trente-six » |
| 8 × 8 = 64 | Le double du double du double : 8, 16, 32, 64 |
| 9 × 7 = 63 | 70 − 7 ; et 6 + 3 = 9 |
| 6 × 9 = 54 | 60 − 6 ; et 5 + 4 = 9 |
| 8 × 9 = 72 | 80 − 8 ; et 7 + 2 = 9 |
| 6 × 7 = 42 | 6 × 6 = 36, plus encore 6 |
| 4 × 7 = 28 | 4 semaines = 28 jours |
Encore mieux : laissez votre enfant inventer ses propres phrases. Une phrase qu’il a trouvée lui-même, même un peu absurde, lui restera bien plus longtemps qu’une phrase imposée. Nous détaillons les astuces de ces tables dans notre guide sur les tables de 6, 7, 8 et 9.
Pour quels enfants la chanson est-elle utile ?
Elle est particulièrement précieuse pour :
- Les plus jeunes, au CE1, pour qui la multiplication est nouvelle et un peu intimidante.
- Les enfants qui aiment la musique ou qui retiennent bien à l’oral.
- Les enfants découragés, pour qui les tables sont devenues une source de conflit. Notre article sur l’enfant qui n’aime pas les maths donne d’autres pistes pour retrouver le plaisir.
En revanche, pour un enfant de CM1 ou de CM2 qui a déjà des trous, la chanson risque de renforcer la récitation dans l’ordre, qui est justement son problème. Mieux vaut un travail ciblé sur les quelques résultats manquants, comme expliqué dans notre guide sur les tables au CM1 et au CM2.
Inventer sa propre chanson
Plutôt que d’apprendre une chanson toute faite, pourquoi ne pas en inventer une avec votre enfant ? Prenez un air qu’il connaît par cœur, une comptine de son enfance ou le refrain d’une chanson qu’il aime, et remplacez les paroles par les calculs qui lui posent problème : pas toute la table, seulement trois ou quatre résultats difficiles.
L’intérêt est double. D’abord, en cherchant les mots qui tiennent dans la mélodie, votre enfant manipule les calculs, les répète et les vérifie, sans s’en rendre compte. Ensuite, une chanson qu’il a créée lui appartient : il la chantera avec fierté, et la retiendra bien mieux qu’une chanson imposée. Enregistrez-la sur votre téléphone : elle servira de souvenir et de révision.
Chanson, jeux, exercices : le bon dosage
Aucun outil ne suffit seul. Une semaine équilibrée peut ressembler à ceci : la chanson pour découvrir une nouvelle table en début de semaine, quelques minutes d’exercices dans le désordre chaque jour, une partie de jeu en fin de semaine, et des questions éclair en voiture ou au repas. Pour les idées de jeux, consultez nos 10 jeux pour apprendre les tables, et pour l’entraînement, nos exercices de tables dans le désordre.
Téléchargez la fiche gratuite : les 10 petites phrases illustrées à afficher, des cartes « ma phrase à moi » à compléter, le jeu de la chanson qui s’arrête et une grille pour passer de la chanson au désordre.

Mes petites phrases des tables
Les 10 petites phrases illustrées pour les résultats difficiles, des cartes « ma phrase à moi » à compléter, le jeu de la chanson qui s’arrête et une grille pour passer de la chanson au désordre.
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